He Jing | 贺婧





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Le livre: en tant que médium de l'oeuvre d'art - Réflexions sur les livres d'artiste modernes et contemporains(作为艺术媒介的书——之于现当代“艺术家书”的思考)

HE Jing | 文 贺婧
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Introduction
(导论节选)
À partir des années soixante, le principe de transformer les objets ordinaires en oeuvres d'art fut un phénomène majeur dans ce secteur de l'histoire de l'art. Les origines de cette « transfiguration du banal »1 remontent au ready-made de Marcel Duchamp jusqu'au début du XXème siècle. Avec ce dernier, la banalité des objets quotidiens ne pose plus de problème pour qu'un objet soit devenu une oeuvre. Avec cette nouvelle considération, le champs du médium de l'art s'élargit: n'importe quel objet ordinaire peut être considéré comme une pièce artistique, ainsi que les actes, la parole et la nature. Parmi tous ces expérimentations « contemporaines », le livre, en tant qu’objet courant de la vie quotidienne – depuis les années soixante – émergeait comme un nouveau médium dans le monde de l'art et plus précisément, celui-ci apparaissait bien fréquemment dans les oeuvres du mouvement Fluxus, de Pop Art, du Minimalisme et de l'art conceptuel.
Cependant, il semble que ce ne soit pas la première fois que le livre devient un médium artistique. En effet, depuis la naissance du livre, la tradition des « beaux-livres » et de la bibliophilie ne cessait pas de mettre les livres dans la sphère artistique. Car pour un livre, dont l'association du texte et d'image se forme comme les éléments essentiels, soit pour délivrer des significations du livre, soit comme une fonction de l'ornementation. Cela constitue un aspect formel qui mue le livre comme un médium de l'oeuvre d'art. Toutefois, pour ce genre du livre, s'il apparaît avec un sens artistique, ce sont plutôt leurs apparences formels, leurs figures et leurs valeurs d'édition qui lui en offrent, par exemple, la belle typographie, le papier en haute qualité, la mise en page soigneuse, ou l'édition rare, etc. Autrement dit, leurs qualités esthétiques demeurent dans sa dimension matérielle et visuelle. En revanche, les livres d'artistes dans le sens moderne ; qui émergeaient après la guerre, leurs qualités esthétiques ne dépendaient pas forcément des aspects formels. Donc, si le livre devient un nouveau médium des oeuvres d'art dans les années soixante, dans quel mesure peut on dire qu’il est proprement « nouveau »? Quelle est la différence entre ce médium-ci et l'autre médium-là ? Ces questions relèvent non seulement la problématique concernant l'ambiguïté et les divergences au sein de la définition du « livre d'artiste » mais elles proposent aussi les discussions à l'égard du rapport réciproque entre l'idée et la forme de l'oeuvre d'art en sens général. Autour de ces sujets, Anne Mœglin-Delcroix (française) et Johanna Drucker (américaine) sont les deux auteurs contemporaines importantes qui consacrent leurs recherches dans le domaine spécifique des livres d'artistes. À partir de leurs matériaux de recherche, je m'intéresse plus particulièrement à la question du « médium » à travers les livres d'artistes modernes et contemporains. En l'occurrence, les réflexions dans cet article ne partent pas d'une problématique entièrement nouvelle – ni dans le domaine du livre d'artiste ni dans la recherche de l'art contemporain – mais ce sont les réflexions qui concernent en particulier la question du médium à propos des oeuvres d'art en forme du livre.
De ce fait, dans la première partie de cet article, nous allons nous interroger comment le livre peut être un médium autonome de la création artistique? De quelles critères nous pouvons délimiter les livres d'artistes en sens moderne? Quelles sont leurs différences avec les livres d'artistes dits « traditionnels »? Si le livre apparaît comme un nouveau médium de création dans les années soixante, pourquoi cela a eu lieu exclusivement à cette époque? Quelle est l’origine de cette autonomie du médium? De quelle mesure est il « autonome »? Enfin, dans la troisième partie, nous allons analyser plus profondément les questions concernant le médium en nous appuyant sur les matériaux des livres d'artiste modernes et contemporaines, afin de discerner quel sera le rapport entre le projet artistique et la forme livresque (les caractéristiques matérielles du livre) que l'artiste emploie. Autrement dit nous nous demanderons si le choix de ce médium a une logique intrinsèque entre l'idée propre de l'artiste et la forme de l'oeuvre. Est-ce qu'il existe une légitimité de ce médium? Si oui, dans quelles circonstances? Quelles sont les propriétés du « livre » qui se différencient avec d’autres médiums?
1 Arthur Danto, Transfiguration du banal, Seuil, de la traduction française, 1989.