He Jing | 贺婧





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Le monde miniature, vers un ailleurs esthétique
(“微缩景观”美学)

HE Jing | 文 贺婧
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Introduction
(导论节选)
La réflexion sur une esthétique de la miniature était venue l'année dernière dans un cours d'anthropologie, sur le thème de « l'ailleurs ». Grâce à ce sujet, j'avais analysé un film d'un cinéaste chinois, Jia Zhangke – The World [figure 1], dans lequel j'avais pu découvrir le monde des parcs d'attraction. Pour moi, c'était un champ à la fois familier et étranger. En effet dès mon enfance – époque où la plupart des Chinois ne pouvaient pas se déplacer hors de leurs frontières – ce genre de parc d'attraction, où l’on pouvait voir les « ailleurs » du monde en forme de miniature, m'avait fasciné. Alors que s'il me paraît « étranger », c'est parce que quand je regardais ces monuments reproduits, miniaturisés, et un peu démodés, je me rendais compte qu'un espace comme celui-là n'était pas un endroit de pur divertissement ou de tourisme. Il impliquait de nombreuses projections et beaucoup d’imagination en suscitant des expériences singulières. Cependant, à ce moment-là, j'avais seulement découvert que ce thème de « l'ailleurs » miniaturisé était très intéressant, mais je n'avais pas eu le temps de plus le développer.

Plus tard, pendant les dernières vacances de Pâques, j'ai pu découvrir, dans un musée d'Amsterdam, une maison de poupée datant du XVIIème siècle [figure 2] . Comme j'étais en train de travailler sur le thème du parc d'attraction, ce petit objet a attiré mon attention. Se rapprochant d’un microcosme, cette maison est à la fois, en tant qu'objet, un « porteur » fidèle des « halos » de notre monde canonique, mais aussi un espace qui suscite fantasme et imagination. Par une considérable réduction d’échelle, très éloignée de celle du monde humain, il nous mène à un « ailleurs » singulier qui renverse la perspective habituelle de notre corps par rapport à l'espace et au temps. Cet objet, apparemment enfantin, vient du monde adulte. Quelque soit son usage, ce qui est reflété dans cette miniature, c'est ce désir de l'être humain de fabriquer, constituer et maîtriser un univers lilliputien dès l'enfance, pour que le monde nous devienne préhensible. Cette idée me permettait d’élargir la réflexion – sans parler des miniatures littéraires, comme les fameux ouvrages Les voyages de Gulliver ou Alice au pays des merveilles – puisque la miniature recouvre plusieurs champs quotidiens et spécifiques. Par exemple, des figurines ou des poupées d'enfants, des souvenirs d'un monument, des maquettes d'architecture et cinématographiques, des marionnettes, voire plus abstraitement – comme le dit Claude Lévi-Strauss – « l'immense majorité des œuvres d'art [qui] sont aussi des modèles réduits » . Tous ces objets et espaces minuscules franchissant les divers catégories et métiers possèdent un point commun : les « modèles réduits » dont la dimension s'éloigne de l'échelle humaine habituelle. Par cette anormalité, ils se constituent un « micro-univers » – entre similitude et étrangeté – qui nous amènent vers un « ailleurs » lointain, un Lilliput utopique.

Par conséquent de tout cela, il se forme devant moi une réflexion à propos de la « miniature » en tant que l'objet ou l'espace de la reproduction en petite dimension. Pourquoi la miniaturisation? Dans quelle mesure est-elle « esthétique »? Est-ce que elle concerne un phénomène universel? Si oui, d’où vient de ce désir et cette exigence commune à tous les être humains? Pourquoi en parlons-nous à travers des civilisations et des époques si différentes?

Ces questions m’apparaissent comme une très grande thématique appartenant à la fois à l'histoire de l'art et au champ de l'esthétique, par lesquelles il peut s'engendrer des nombreuses réflexions à l'égard des divers phénomènes de la miniature. Elles reposent non seulement sur les objets quotidiens, mais aussi sur les œuvres d'art à travers l'histoire. Cette problématique pourrait être l’objet d’un travail d’une portée très large, et il sera difficile de tout aborder dans ce petit article de recherche. De ce fait, pour traiter les différentes questions, cet article sera divisé en deux parties. Après avoir suivi les parcours historiques, il s’agira de former une théorie générale sur « une esthétique de la miniature » :

Dans la première partie, nous partons de cette maison de poupée hollandaise qui suscita initialement mon intérêt vers ce monde fantastique, afin de mener une analyse historique et scientifique à propos des fonctions des objets miniatures : en tant qu'un objet de XVII ème siècle en Hollande, quelle était son fonction utilitaire et son spécificité? Parallèlement à cela, y a-t-il des objets analogues dans les autres cultures et civilisations? Comment le concept de miniaturisation s’intègre-t-il dans la sphère mondiale? En quoi une miniature porte-elle des métaphores d'un « ailleurs »?

Ensuite, dans la deuxième partie, nous nous orientons vers une réflexion plus théorique, à la suite des analyses historiques, en vue de d'éclaircir les valeurs esthétiques de la miniature. En quoi les miniatures sont-elles porteuses d'une problématique esthétique? Selon les différentes périodes historiques, quelles sont les valeurs esthétiques apportées par la miniature? Pourquoi éprouvons du plaisir à la contempler? La maison de poupée de Petronella, en tant qu'une miniature du XVII ème siècle à Amsterdam, possède-t-elle des significations historiques spécifiques? Enfin, pourquoi la miniaturisation est aussi un thème extra-contemporain?